Nous gaspillons l'énergie autour de nous : pourquoi continuer à brûler de l'énergie pour faire du chaud ou du froid?
Chaque jour, nos maisons consomment énormément d'énergie pour produire de la chaleur en hiver et de la fraîcheur en été. Pourtant, une grande partie de cette énergie existe déjà autour de nous. Le vrai défi est de mieux capter, diriger, stocker et réutiliser l'énergie qui circule déjà dans notre environnement.
Gabriel Tremblay
GeoMass Team
Chaque jour, nos maisons, nos commerces et nos villes consomment énormément d'énergie pour produire de la chaleur en hiver et de la fraîcheur en été. Pourtant, une grande partie de cette énergie existe déjà autour de nous : dans l'air, dans le sol, dans l'eau, dans les bâtiments, dans les rejets de chaleur des machines, et même dans la chaleur que nous expulsons quand nous climatisons.
Le problème n'est pas seulement que nous manquons d'énergie. Le problème est surtout que nous utilisons mal l'énergie disponible.
Le paradoxe de la thermopompe et du climatiseur
Une thermopompe ou un climatiseur ne crée pas simplement du froid ou du chaud. Ces appareils déplacent la chaleur.
En été, un climatiseur prend la chaleur à l'intérieur d'une maison et la rejette dehors. C'est pour cela que l'unité extérieure souffle de l'air chaud. Elle ne fait pas disparaître la chaleur : elle la pousse dans l'environnement extérieur.
En hiver, une thermopompe peut prendre de la chaleur dans l'air extérieur, même quand il fait froid, pour la transférer à l'intérieur. C'est plus efficace que de produire directement de la chaleur avec une résistance électrique. Mais malgré cette efficacité, nous continuons souvent à fonctionner dans un modèle très simple : prendre, convertir, rejeter, recommencer.
Ce modèle crée un gaspillage. En été, on paie pour sortir la chaleur de nos maisons, puis on la rejette dans l'air. En hiver, on paie encore pour aller chercher de la chaleur. Entre les deux, il n'y a presque aucun stockage, aucune récupération, aucune mémoire énergétique du bâtiment.
L'énergie est partout, mais elle est rarement organisée
Autour de nous, il y a plusieurs sources d'énergie ou de chaleur utilisables :
• L'air extérieur, qui contient de l'énergie thermique même lorsqu'il semble froid.
• Le sol, qui garde une température plus stable que l'air et peut servir de réserve naturelle.
• L'eau, qui peut stocker et transporter beaucoup de chaleur.
• Les bâtiments, qui accumulent de la chaleur dans le béton, les murs, les planchers et les fondations.
• Les rejets thermiques, comme l'air chaud des climatiseurs, des réfrigérateurs, des centres de données, des commerces et des industries.
• Le soleil, qui chauffe déjà les surfaces, les toits, les murs et les terrains.
Le défi n'est donc pas seulement de produire plus d'énergie. Le vrai défi est de mieux capter, diriger, stocker et réutiliser l'énergie qui circule déjà dans notre environnement.
Le gaspillage du rejet de chaleur
Quand une thermopompe ou un climatiseur rejette de l'air chaud dehors, cette chaleur est généralement perdue. Elle se disperse dans l'air ambiant, augmente localement la température autour des bâtiments et contribue aux îlots de chaleur en ville.
Dans une logique plus intelligente, cette chaleur pourrait être dirigée ailleurs au lieu d'être simplement expulsée. Par exemple, elle pourrait être envoyée vers :
• Des cellules de stockage thermique sous terre, capables d'accumuler la chaleur pour un usage futur.
• Un réservoir d'eau, pour préchauffer l'eau domestique.
• Une masse thermique, comme une dalle de béton ou un matériau capable de retenir la chaleur.
• Un réseau de partage énergétique, où la chaleur rejetée par un bâtiment peut servir à un autre.
L'idée est simple : au lieu de jeter la chaleur dehors, pourquoi ne pas la conserver ou la rediriger?
Le sol comme batterie thermique
Le sol est l'un des meilleurs exemples d'énergie disponible mais sous-utilisée. À quelques mètres de profondeur, la température varie beaucoup moins que celle de l'air. Cela permet d'utiliser le sol comme une forme de batterie thermique naturelle.
En été, la chaleur extraite d'une maison pourrait être envoyée dans le sol ou dans des cellules souterraines conçues pour l'accumuler. En hiver, cette chaleur stockée pourrait aider à chauffer le bâtiment. Ce principe ressemble à une batterie, mais au lieu de stocker de l'électricité, on stocke de la chaleur.
Cette approche pourrait réduire la quantité d'énergie nécessaire pour chauffer ou climatiser. Elle pourrait aussi diminuer les pertes, réduire la demande sur le réseau électrique et rendre les bâtiments plus autonomes.
Pourquoi utilisons-nous encore autant d'énergie pour convertir?
Une grande partie de nos systèmes actuels repose sur la conversion : on prend de l'électricité, du gaz ou une autre forme d'énergie, puis on la transforme en chaleur, en froid ou en mouvement.
Mais chaque conversion entraîne des pertes. Plus on convertit, transporte et rejette, plus on gaspille. Dans plusieurs cas, nous utilisons une énergie de haute qualité, comme l'électricité, pour produire un effet thermique relativement simple : chauffer ou refroidir un espace.
L'électricité est précieuse. Elle peut alimenter des moteurs, de l'éclairage, de l'électronique, des outils, des véhicules et des systèmes complexes. L'utiliser massivement pour compenser une mauvaise gestion de la chaleur n'est pas toujours la solution la plus intelligente.
Une meilleure approche serait de réserver l'électricité au contrôle, au pompage, à la circulation et à l'optimisation, pendant que la chaleur disponible est captée et réutilisée autant que possible.
Vers des bâtiments qui récupèrent au lieu de rejeter
Le bâtiment du futur ne devrait pas seulement consommer de l'énergie. Il devrait aussi la gérer.
Un système plus intelligent pourrait fonctionner ainsi :
En été, la thermopompe extrait la chaleur de la maison.
Au lieu de rejeter cette chaleur dans l'air, elle la dirige vers un stockage souterrain.
Le sol ou les cellules thermiques accumulent cette énergie.
En hiver, le système récupère une partie de cette chaleur.
La thermopompe travaille moins fort, consomme moins d'électricité et offre un meilleur rendement.
Ce principe ne supprime pas le besoin d'énergie, mais il réduit le gaspillage. Il transforme une perte en ressource.
Une nouvelle façon de penser l'énergie
Nous devons changer notre façon de voir la chaleur. La chaleur rejetée n'est pas forcément un déchet. C'est souvent une ressource mal dirigée.
Aujourd'hui, nous dépensons beaucoup d'énergie pour climatiser nos maisons, puis nous rejetons la chaleur à l'extérieur. Ensuite, à une autre saison, nous dépensons encore de l'énergie pour chauffer ces mêmes bâtiments. Ce cycle montre que notre système manque de continuité.
La question importante est donc :
Pourquoi jeter aujourd'hui une énergie dont nous aurons besoin demain?
Conclusion
Nous vivons dans un environnement rempli d'énergie disponible, mais nos systèmes sont encore trop souvent conçus pour consommer, convertir et rejeter. Les thermopompes, les climatiseurs et les systèmes géothermiques montrent déjà qu'il est possible de déplacer la chaleur plus efficacement. La prochaine étape est de mieux stocker cette énergie, de la canaliser et de la réutiliser.
L'avenir énergétique ne dépendra pas seulement de produire plus. Il dépendra aussi de gaspiller moins.
En utilisant mieux l'air, le sol, l'eau, les masses thermiques et les rejets de chaleur, nous pourrions réduire notre consommation, améliorer l'efficacité des bâtiments et diminuer notre impact sur l'environnement. La chaleur que nous rejetons aujourd'hui pourrait devenir l'énergie utile de demain.